Vie associative · 10 août 2026

Le rêve d’un pont au-dessus de la mer : aux origines de Pont de Mer Humanitaire

À Gaza, Yaser Al Rayyes regardait la mer en imaginant un passage vers la sécurité. Ce témoignage a donné des mots, une image et une direction à une mobilisation devenue association.

Témoignage de Yaser Al Rayyes · version française sous-titrée en arabe · 3 min 08 s.

« Je ne faisais que rêver qu’il existe un pont au-dessus de cette mer. » Dans cette phrase, Yaser ne décrivait pas un ouvrage. Il formulait le besoin d’un passage entre l’enfermement et la sécurité, entre l’impuissance et l’action.

Un témoignage depuis Gaza

Yaser Al Rayyes a vécu la guerre à Gaza, les tentatives répétées pour atteindre le poste-frontière de Rafah et l’attente d’une aide qui ne venait pas. Dans le clip, des images personnelles documentent les destructions, les déplacements, la vie quotidienne sous la menace et la séparation d’avec sa famille.

À proximité de la zone frontalière entre Gaza et l’Égypte, face à la mer, il s’est demandé s’il serait possible de rejoindre un lieu sûr à la nage. Mais partir seul aurait signifié laisser les siens derrière lui ; tenter la traversée avec eux, risquer de les perdre. De cette impossibilité est née l’image d’un pont.

Yaser Al Rayyes dans le clip fondateur de Pont de Mer Humanitaire, près de la zone frontalière entre Gaza et l’Égypte
Yaser Al Rayyes près de la zone frontalière entre Gaza et l’Égypte. © Émilie Tinard – Jérôme Tinard.

« Sommes-nous si peu importants aux yeux du monde ? Le monde nous a-t-il vraiment abandonnés à Gaza ? »

Les mots qui accompagnaient le clip

Le texte ci-dessous est le message de Yaser qui accompagnait la vidéo lors de sa diffusion. Il est reproduit dans sa formulation d’origine. Depuis, le parcours de la famille a connu des étapes décisives, relatées notamment dans l’article consacré aux retrouvailles du 17 juin 2026 au Caire.

Cette vidéo contient une partie de ce que j’ai vécu à Gaza pendant la guerre, une guerre que je n’oublierai jamais et qui restera gravée dans ma mémoire toute ma vie.

J’aimerais pouvoir effacer ces souvenirs, mais j’y ai vécu les jours les plus difficiles de mon existence.

Je me souviens très bien de mes tentatives répétées pour atteindre le poste-frontière de Rafah avec ma famille, à la recherche d’un moyen de survie et de quitter Gaza. Je me tenais près de la frontière égyptienne, attendant en silence, dans l’espoir que quelqu’un vienne enfin nous aider.

Mais la réponse était toujours la même : « Nous espérons que la guerre prendra fin pour vous. »

Personne ne pouvait réellement nous aider… sauf lorsqu’il fallait payer de l’argent.

Alors une seule question me hantait : sommes-nous si peu importants aux yeux du monde ? Le monde nous a-t-il vraiment abandonnés à Gaza ?

Ce qui m’a le plus brisé, c’est de comprendre que sauver une vie peut parfois dépendre de l’argent… et qu’à ce moment-là seulement, le monde commence à regarder.

Dans cette vidéo, on voit aussi des images de moi assis près de la zone dangereuse entre Gaza et l’Égypte, sur la plage qui les sépare. Je regardais la mer en me demandant comment la traverser à la nage pour atteindre l’Égypte, un endroit sûr.

Mais je n’étais pas seul… j’étais avec ma famille, et le simple fait d’y penser signifiait la peur de les perdre en mer.

Je ne faisais que rêver qu’il existe un pont au-dessus de cette mer, un pont qui nous emmène de la mort, de la peur et de la destruction vers une vie de sécurité.

Mais aujourd’hui, nous construisons mon rêve, le rêve d’un pont sur la mer, qui sauvera bientôt ma famille, très bientôt, ainsi que les enfants de mon peuple en Palestine.

Soutenez-nous, soutenez l’association. Adhérez, et faites un don. Ensemble, nous y arrivons.

— Yaser Al Rayyes
Écouter autrement

Version audio du témoignage

La bande audio complète est disponible à l’écoute et au téléchargement au format MP3.


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Du rêve à une capacité d’action

Pont de Mer Humanitaire est née de la rencontre entre cette expérience vécue, la mobilisation autour de la famille Al Rayyes et un refus collectif de détourner le regard. Le « pont » est devenu une méthode : documenter une situation, relier les acteurs médicaux, humanitaires et institutionnels, maintenir le suivi et transformer une urgence individuelle en parcours réalisable.

La constitution de l’association a donné à cet engagement un cadre durable, une gouvernance et une responsabilité. Son histoire demeure indissociable de Yaser et de sa famille, mais sa mission ne s’y limite pas : elle vise à faciliter l’accès aux soins et aux études pour des personnes dont la guerre ferme les passages ordinaires. Découvrir l’histoire de Pont de Mer Humanitaire.

Documenter

Rendre une situation compréhensible

Réunir les éléments médicaux, administratifs et humains nécessaires.

Relier

Créer un passage opérationnel

Coordonner les interlocuteurs compétents sans se substituer à eux.

Agir

Soutenir la prochaine étape

Mobiliser les ressources nécessaires jusqu’à une solution concrète.

Retrouvez le clip sur Instagram

La vidéo reste accessible directement en tête de cet article, sans compte Instagram. Sa publication sur les réseaux sociaux permet aussi de partager le témoignage, de suivre les actions de l’association et d’élargir la mobilisation.

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Vidéo et création sonore : © Émilie Tinard – Jérôme Tinard. Tous droits réservés. Toute reproduction ou réutilisation est soumise à autorisation préalable.